« A l’artiste Véronique Pastor »

« Dans la rêverie -jamais juste esthète- où tu nous plonges, tes œuvres font tremplin au cheminement intérieur : nous voilà invités, par tes soins, à nos origines où progressivement tu nous laisses accoster seuls. La ligne entre l’indistinct et le confus est si nette qu’ils n’errent pas dans les mêmes sphères de la pensée ; plutôt à des années-lumière, l’un de l’autre ils tiennent ; portance prodigieuse de l’indétermination !

Sur un mi-chemin entre une manière qui affirme l’Idée, avec sa source partagée et sa visée, n’ouvrant voie qu’à l’unique interprétation accessible, et un procédé autre, encore moins directif, ton style ouvre, au stylo, sa direction, non unique, laisse à ce titre le cœur vagabonder où il veut, aller et venir, dans la dynamique du non-cadre, douce symbiose avec nos errements congénitaux ;

ta vraie perspicacité mallarméenne d’artiste retrace moins la figure des formes que leur cours, dans la lande océane où glauque, mon esprit s’ensable, la pointe de ton stylet alunit sur la blancheur, au point que l’on se demande si ce qui se dessine n’est pas juste une esquisse de toutes nos destinées en simple suggestion, dans le dénuement où nous sommes par un ‘hasard la chance’ aperçu ou prophétisé ; voilà en quoi ton art est révolte métaphysique, davantage que beaucoup d’autres, singulièrement, qui sans violence confronte notre soif d’esthétisme aux gouffres et trous noirs qui ponctuent la méditation. »


Henri Louis Pallen – Auteur – janvier 2020